On entend parler d'agriculture biologique, prendre des positions sur son développement, sa "démocratisation", sa "sortie de niche", le nécessaire "rattrapage" de la production française. Ces notions de marché ne traduisent pas la réalité même que recouvre cette agriculture, tout autant que des modes d'alimentation qui lui sont liés. Si elle est encadrée par un règlement unique en Europe depuis 1991, elle n’a cessé de prendre des engagements bien plus larges, de chercher des réponses à des problèmes essentiels, de ceux qui traversent la société dans sa nature même.
Les acteurs – producteurs, metteurs en marché et industriels, distributeurs, consommateurs – ont su conjuguer leur engagement éthique, depuis des décennies. Le lien solide établi entre tous en a fait un modèle économique sûr. Il a permis un développement harmonieux, satisfaisant aux attentes légitimes de l’ensemble de la filière. Il a fallu, et il faudra à l’avenir encore, du temps et de l’intelligence pour continuer ce développement et en assurer la maîtrise.
La conversion est un processus long. Elle est technique, économique et intellectuelle, tant pour le producteur que pour le consommateur. Le premier devra aborder l’agronomie avec prudence, rechercher la diversité, observer les équilibres de son milieu, accepter une complexité accrue, une remise en cause de ses pratiques tendant à la monoculture. Le second renouvellera sa vision de sa propre alimentation, trouvant de nouveaux équilibres, dans une approche nutritionnelle subtile et variée, en tenant compte des ressources de la planète, en décidant de ses propres arbitrages budgétaires.
Il faut être convaincu que l’alimentation à l’avenir, tant sur le plan qualitatif que quantitatif passe par une renaissance de l’agriculture, à l’échelle locale. L’agriculture biologique trouve sa pleine expression dans ce domaine, répondant aux enjeux majeurs de notre société qui établit enfin le lien entre la santé, l’alimentation et l’environnement, qui croit dans les qualités d’une économie locale, éloignée des violences d’un monde globalisé. Elle répond également à un individu qui se considère moins comme un consommateur que comme un acteur responsable, en quête de lien et d’identité.

